Jadis guérillero marxiste-léniniste et
aujourd’hui adepte de l’économie de marché, et considéré à ce titre
comme le « bon élève » de la région des Grands Lacs par
la Banque Mondiale et le Fonds Monétaire International, l’actuel
président ougandais, Yoweri Museveni, a du mal à se faire à la
démocratie. Sous la pression, timide, des bailleurs de fonds
internationaux, il a été contraint d’instaurer, après un
référendum, le multipartisme.
Son pays était le dernier pays d’Afrique
à ignorer celui-ci et à vivre sous le régime non pas du parti
unique mais du « No
Party System ». Les formations politiques
avaient le droit d’exister sur le papier, mais ne pouvaient exercer
leur activités ni présenter de candidats, privilège réservé au NRM
(National Resistance
Movement) issu des rangs de la National Resistance Army
(NRA), la nébuleuse mouvance militaro-politique qui permit à
Museveni de s’emparer de Kampala en 1986.
S’il a accepté, en théorie, le
multipartisme, Yoweri Museveni en a limité, dans les faits,
l’existence. Adopté à la sauvette par un Parlement acquis à sa
personne et non par un référendum, un amendement à la Constitution
lui permet de pouvoir briguer autant de mandats qu’il veut. Il
compte bien se présenter aux prochaines élections présidentielles
de mars 2006 et c’est la raison pour laquelle il a lancé une
offensive tous azimuts contre son adversaire de 2001, l’ancien
colonel Kizza Besigye, un médecin tout juste revenu de quatre ans
d’exil au Kenya et en Afrique du Sud, qui bénéficie du soutien du
FDC, le Forum pour un Changement
Démocratique.
Ce leader de l’opposition a été arrêté
pour « haute
trahison » et pour le viol d’une jeune femme en 1997. Le
pouvoir lui reproche de n’avoir pas appelé la LRA (Lord Resistance’s Army), un
mouvement mystico-terrroriste sévissant dans le nord du pays, à
déposer les armes et d’avoir brandi la menace de « partir pour le bush »
si les résultats du futur scrutin lui étaient
défavorables. L’accusation de viol découle « tout naturellement »
de cela. La LRA a triste réputation en Ouganda car les chefs de ce
mouvement, créé au milieu des années 80 par la « prophétesse »
Alice Lukwera, sont connus pour enlever les jeunes filles des
régions qu’ils contrôlent et les soumettre à leurs caprices
sexuels. « Violeur », Kizza Besigye ne peut être qu’un
complice de la LRA. CQFD…
En 2001 déjà, Yoxeri Museveni, lors de
la campagne électorale, avait accusé son adversaire d’entretenir
des relations extra-conjugales avec une femme séropositive, un
« argument » qui avait soulevé de violentes protestations
de la part des activistes de la lutte contre le sida qui a fait des
centaines de milliers de victimes en Ouganda. Aujourd’hui, il
reprend, en les amplifiant, ses accusations, assuré de bénéficier
d’une quasi-impunité sur la scène internationale. L’Administration
américaine, républicaine ou démocrate, est aux petits soins pour
Yoweri Museveni, qui a accueilli à Kampala aussi bien Bill Clinton
que George Bush Jr. Les milieux fondamentalistes protestants
américains ne lui ménagent pas leur soutien d’autant que l’épouse
du chef de l’Etat se proclame haut et fort « Born Again
Christian ». Les partis d’opposition, en particulier le
vieux parti démocratique, sont soutenus par la hiérarchie
catholique et recrutent leurs adhérents essentiellement chez les
catholiques et les musulmans ougandais. Ils ont donc peu de chances
d’être entendus de la Maison Blanche et du Congrès, qui ont
multiplié les largesses envers le régime.
Le récent décès en Afrique du Sud, où il
vivait en exil, de l’ancien président Milton Obote, a renforcé
l’autorité au sein de l’opposition de Kizza Besigye, qui devait
tenir compte jusque-là du poids non négligeable des
« Obotistes » qui l’avaient privé de la victoire en
2001. Son arrestation et les suites judiciaires qui y
seront données – Kizza Besigye encourt la peine de mort –
permettent à Yoweri Museveni de ne pas avoir à affronter un
dangereux rival en mars 2006. Si, du moins, le calme règne jusqu’à
cette date à Kampala. Car de violentes émeutes ont éclaté en ville
après l’arrestation du Dr Besigye….
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