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Ouganda. Le difficile apprentissage de la démocratie
Le 16/11/2005 à 8 h 00 - par Patrick Girard

En faisant arrêter le Dr Bisegye, son principal opposant, Yoweri Museveni fait une fois de plus preuve d’autoritarisme, avec le soutien tacite de la communauté internationale.

Jadis guérillero marxiste-léniniste et aujourd’hui adepte de l’économie de marché, et considéré à ce titre comme le « bon élève » de la région des Grands Lacs par la Banque Mondiale et le Fonds Monétaire International, l’actuel président ougandais, Yoweri Museveni, a du mal à se faire à la démocratie. Sous la pression, timide, des bailleurs de fonds internationaux, il a été contraint d’instaurer, après un référendum, le multipartisme.

Son pays était le dernier pays d’Afrique à ignorer celui-ci et à vivre sous le régime non pas du parti unique mais du « No Party System ».  Les formations politiques avaient le droit d’exister sur le papier, mais ne pouvaient exercer leur activités ni présenter de candidats, privilège réservé au NRM (National Resistance Movement) issu des rangs de la National Resistance Army (NRA), la nébuleuse mouvance militaro-politique qui permit à Museveni de s’emparer de Kampala en 1986.

S’il a accepté, en théorie, le multipartisme, Yoweri Museveni en a limité, dans les faits, l’existence. Adopté à la sauvette par un Parlement acquis à sa personne et non par un référendum, un amendement à la Constitution lui permet de pouvoir briguer autant de mandats qu’il veut. Il compte bien se présenter aux prochaines élections présidentielles de mars 2006 et c’est la raison pour laquelle il a lancé une offensive tous azimuts contre son adversaire de 2001, l’ancien colonel Kizza Besigye, un médecin tout juste revenu de quatre ans d’exil au Kenya et en Afrique du Sud, qui bénéficie du soutien du FDC, le Forum pour un Changement Démocratique. 

Ce leader de l’opposition a été arrêté pour « haute trahison » et pour le viol d’une jeune femme en 1997. Le pouvoir lui reproche de n’avoir pas appelé la LRA (Lord Resistance’s Army), un mouvement mystico-terrroriste sévissant dans le nord du pays, à déposer les armes et d’avoir brandi la menace de « partir pour le bush » si les résultats du futur scrutin lui étaient défavorables.  L’accusation de viol découle « tout naturellement » de cela. La LRA a triste réputation en Ouganda car les chefs de ce mouvement, créé au milieu des années 80 par la « prophétesse » Alice Lukwera, sont connus pour enlever les jeunes filles des régions qu’ils contrôlent et les soumettre à leurs caprices sexuels. « Violeur », Kizza Besigye ne peut être qu’un complice de la LRA. CQFD…

En 2001 déjà, Yoxeri Museveni, lors de la campagne électorale, avait accusé son adversaire d’entretenir des relations extra-conjugales avec une femme séropositive, un « argument » qui avait soulevé de violentes protestations de la part des activistes de la lutte contre le sida qui a fait des centaines de milliers de victimes en Ouganda. Aujourd’hui, il reprend, en les amplifiant, ses accusations, assuré de bénéficier d’une quasi-impunité sur la scène internationale. L’Administration américaine, républicaine ou démocrate, est aux petits soins pour Yoweri Museveni, qui a accueilli à Kampala aussi bien Bill Clinton que George Bush Jr. Les milieux fondamentalistes protestants américains ne lui ménagent pas leur soutien d’autant que l’épouse du chef de l’Etat se proclame haut et fort « Born Again Christian ». Les partis d’opposition, en particulier le vieux parti démocratique, sont soutenus par la hiérarchie catholique et recrutent leurs adhérents essentiellement chez les catholiques et les musulmans ougandais. Ils ont donc peu de chances d’être entendus de la Maison Blanche et du Congrès, qui ont multiplié les largesses envers le régime.

Le récent décès en Afrique du Sud, où il vivait en exil, de l’ancien président Milton Obote, a renforcé l’autorité au sein de l’opposition de Kizza Besigye, qui devait tenir compte jusque-là du poids non négligeable des « Obotistes » qui l’avaient privé de la victoire en 2001.  Son arrestation et les suites judiciaires qui y seront données – Kizza Besigye encourt la peine de mort – permettent à Yoweri Museveni de ne pas avoir à affronter un dangereux rival en mars 2006. Si, du moins, le calme règne jusqu’à cette date à Kampala. Car de violentes émeutes ont éclaté en ville après l’arrestation du Dr Besigye….


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